février 20, 2009
janvier 8, 2009
LA VIE THEODORE, Alain Souchon

On s’ennuie tellement
On s’ennuie tellement
On s’ennuie tellement
On s’ennuie tellement
Alors la nuit, quand je dors
Je pars avec Théodore
Dehors, dehors, dehors, dehors
Marcher dans le désert
Marcher dans les pierres
Marcher des journées entières
Marcher dans le désert

Dormir dehors
Couché sur le sable d’or
Les satellites et les météores
Dormir dehors
Il faut un minimum
Une bible, un cœur d’homme
Un petit gobelet d’aluminium
Il faut un minimum
Si loin de la nature ici
Mon cœur durcit
On est si loin de l’air
On est si loin du vent
Si loin du grand désert
Si loin de l’océan
Alors la nuit quand je dors
Je pars avec Théodore,
Dehors, dehors, dehors, dehors
Marcher dans le désert
Si loin de la nature ici
Mon cœur durcit
Chercheur de trésor
De brindilles et de phosphore
D’amours humaines et d’effort,
Chercheur de trésor
Il faut un minimum
Une bible, un cœur d’homme,
Un petit gobelet d’aluminium
On s’ennuie tellement,
On s’ennuie tellement,
On s’ennuie tellement,
On s’ennuie tellement…
juillet 1, 2008
Urlicht, Mahler
O Röschen rot !
Der Mensch liegt in grösster Not!
Der Mensch liegt in grösster Pein!
Je lieber möcht’ ich im Himmel sein!
Da kam Ich auf einen breiten Weg.
Da kam ich Eingelein.
Und wollt’ mich abweisen.
Ach nein, ich liess mich nicht abweisen!
Ich bin von Gott, und will wieder zu Gott!
Der liebe Gott, der liebe Gott,
Wird mir ein Lichtchen geben,
Wird leuchten mir bis in das ewig selig Leben!
juin 13, 2008
L’Oeuvre au Noir
La promenade sur la dune
Il enleva ses souliers alourdis par le sable, enfoncant avec satisfaction ses pieds dans la couche chaude et fluide, cherchant et trouvant plus bas la fraicheur marine. Il ota ses habits, placa precautionnement sur eux son bagage et ses pesantes chaussures, et s’avanca vers la mer. La maree baissait deja: de l’eau jusqu’a mi-jambe, il travesa des flaques miroitantes, et s’exposa au mouvement des vagues.
Nu et seul, les circonstances tombaient de lui comme l’avaient fait ses vetements. Il redevenait cet Adam Cadmon des philosophes hermétiques, placé au cœur des choses, en qui s’élucide et se profère ce qui partout ailleurs est infus et imprononcé. Rien dans cette immensité n’avait de nom : il se retint de penser que l’oiseau qui pêchait, balancé sur une crête, était une mouette et l’étrange animal qui bougeait dans une mare ses membres si différents de ceux de l’homme une étoile de mer. La marée baissait toujours , laissant derrière elle des coquillages aux spirales aussi pures que celles d’Archimède ; le soleil montait insensiblement, diminuant cette ombre humaine sur le sable.
Plein d’une révérencieuse pensée qui l’eût fait mettre à mort sur toutes les places publiques de Mahomet ou du Christ, il songea que les symboles les plus adéquats du conjectural Bien Suprême sont encore ceux qui passent absurdement pour les plus idolâtres, et ce globe igné le seul Dieu visible pour des créatures qui dépériraient sans lui.
De même, le plus vrai des anges était cette mouette qui avait de plus que les Séraphins et les Trônes l’évidence d’exister. Dans ce monde sans fantômes, la férocité même était pure : le poisson qui frétillait sous la vague ne serait dans un instant qu’un sanglant bon morceau sous le bec de l’oiseau pêcheur, mais l’oiseau ne donnait pas de mauvais prétextes à sa faim.
Le renard et le lièvre, la ruse et la peur, habitaient la dune où il avait dormi, mais le tueur ne se réclamait pas des lois promulguées jadis pas un renard sagace ou reçues d’un renard-dieu; la victime ne se croyait pas châtiée pour ses crimes et ne protestait pas en mourant de sa fidélité à son prince.
La violence du flot était sans colère. La mort, toujours obscène chez les
hommes, était propre dans cette solitude. Un pas de plus sur cette frontière
entre le fluide et le liquide, entre le sable et l’eau, et la poussée d’une vague
plus forte que les autres lui ferait perdre pied ; cette agonie si brève et sans
témoin serait un peu moins la mort. Il regretterait peut-être un jour cette fin-
là. Mais il en était de cette possibilité comme des projets d’Angleterre ou de
Zélande, nés de craintes de la veille ou de dangers futurs absents de ce
moment sans ombre, plans formés par l’esprit et non nécessité s imposant à
l’être. L’heure du passage n’avait pas encore sonné.
La fin de Zénon
Quand la porte de sa cellule se fut refermée sur lui à grand bruit de ferraille, Zénon pensif tira l’escabeau et s’assit devant la table. Il faisait encore grand jour, l’obscure prison des allégories alchimiques étant dans son cas une prison fort claire. A travers le réseau serré du grillage qui protégeait la croisée, une blancheur plombée montait de la cour couverte de neige. Gilles Rombaut avant de céder la place au gardien de nuit avait comme toujours laissé sur un plateau le souper du prisonnier ; il était ce soir-là encore plus copieux que d’habitude. Zénon le repoussa : il semblait absurde et quasi obscène de transformer ces aliments en chyle et en sang qu’il n’utiliserait plus. Mais il se versa distraitement quelques gorgées de bière dans un gobelet d’étai et but la liqueur amère.
Son entretien avec le chanoine avait mis fin à ce qui avait été pour lui depuis le verdict du matin la solennité de la mort. Son sort cru fixé oscillait de nouveau. L’offre qu’il avait rejetée restait valable quelques heures de plus : un Zénon capable de finir par dire oui se terrait peut-être dans un coin de sa conscience, et la nuit qui allait s’écouler pouvait donner à ce pleutre l’avantage sur soi-même. Il suffisait qu’une chance sur mille subsistât : l’avenir si court et pour lui si fatal en acquérait malgré tout un élément d’incertitude qui était la vie même, et, par une étrange dispensation qu’il avait constatée aussi au chevet de ses malades, la mort gardait une trompeuse irréalité. Tout fluctuait : tout fluctuerait jusqu’au dernier souffle. Et cependant, sa décision était prise : il le reconnaissait moins aux signes sublimes du courage et du sacrifice qu’à on ne sait quelle obtuse forme de refus qui semblait le fermer comme un bloc aux influences du dehors, et presque à la sensation elle-même. Installé dans sa propre fin, il était déjà Zénon in aeternum.
D’autre part, et placée pour ainsi dire en repli derrière la résolution de mourir, il en était une autre, plus secrète, et qu’il avait soigneusement cachée au chanoine, celle de mourir de sa propre main. Mais là aussi une immense et harassante liberté lui restait encore : il pouvait à son gré s’en tenir à cette décision ou y renoncer, faire le geste qui termine tout ou au contraire accepter cette mors ignea guère différente de l’agonie d’un alchimiste enflammant par mégarde sa longue robe aux braises de son athanor. Ce choix entre l’exécution et la fin volontaire, suspendu jusqu’au bout dans une fibrille de sa substance pensante, n’oscillait plus entre la mort et une espèce de vie, comme celui d’accepter ou de refuser de se rétracter l’avait fait, mais concernait le moyen, le lieu, et l’exact moment. A lui de décider s’il finirait sur la Grand-Place parmi les huées ou tranquillement entre ces murs gris. A lui, ensuite, de retarder ou de hâter de quelques heures l’action suprême, de choisir, s’il le voulait, de voir se lever le soleil d’un certain dix-huit février 1569, ou de finir aujourd’hui avant la nuit close. Les coudes sur les genoux, immobile, presque paisible, il regardait devant lui dans le vide. Comme au milieu d’un ouragan, quand s’établit redoutablement un calme, le temps ni l’esprit ne bougeait plus.
La cloche de Notre-Dame sonna : il compta les coups. Brusquement, une révolution se fit : le calme cessa, emporté par l’angoisse comme par un vent tournant en cercle. Des bribes d’images se tordaient dans cette tempête, arrachées à l’autodafé d’Astorga trente-sept ans plus tôt, aux récents détails du supplice de Florian, aux rencontres fortuites avec les hideux résidus de la justice exécutive sur les carrefours de villes traversées. On eût dit que la nouvelle de ce qui allait être atteignait subitement en lui l’entendement du corps, fournissant chaque sens de leur quote-part d’horreur : il vit, sentit, flaira, entendit ce que seraient demain sur la place du marché les incidents de sa fin. L’âme charnelle, prudemment tenue à l’écart des délibérations de l’âme raisonnable, apprenait tout à coup et du dedans ce que Zénon lui avait caché. Quelque chose en lui cassa comme une corde ; sa salive sécha ; les poils des poignets et du dos de la main se dressèrent ; il claquait des dents. Ce désordre jamais expérimenté sur lui-même l’épouvanta plus que tout le reste de sa mésaventure : pressant des deux mains ses mâchoires, respirant longuement pour freiner son cœur, il réussit à réprimer cette espèce d’émeute du corps. C’en était trop : il s’agissait d’en finir avant qu’une débâcle de sa chair ou de sa volonté l’eût rendu incapable de remédier à ses propres maux. Des risques non prévus jusque-là et qui menaçaient d’empêcher sa sortie rationnelle se présentèrent en foule à son esprit redevenu lucide. Il jeta sur sa situation le coup d’œil du chirurgien qui cherche autour de soi ses instruments et suppute ses chances.
Il était quatre heures ; son repas était servi, et on avait poussé l’obligeance jusqu’à lui laisser l’ordinaire chandelle. Le porte-clef qui l’avait verrouillé à son retour de la salle du greffe ne reparaîtrait qu’après le couvre-feu, pour ne repasser ensuite qu’à l’aube. Il semblait donc qu’il eut le choix de deux longs intervalles durant lesquels accomplir sa tâche. Mais cette nuit différait des autres : un importun message pouvait venir de l’évêque ou du chanoine, nécessitant qu’on rouvrît la porte ; une féroce pitié installait parfois au côté du condamné un frocard quelconque ou un membre d’une Confrérie de la Bonne Mort chargé de sanctifier le mourant en le persuadant de prier. Il se pouvait aussi qu’on prévînt son intention ; on allait peut-être d’un moment à l’autre lui lier les mains. Il guetta autour de lui des grincements, des pas ; tout était calme, mais les moments étaient plus chers qu’ils ne l’avaient jamais été au cours des départs forcés d’autrefois.
D’une main tremblante encore, il souleva le couvercle de l’écritoire posée sur la table. Entre deux fines planchettes qui à l’œil semblaient jointes, le trésor qu’il avait caché là s’y trouvait toujours : une lame souple et mince, longue de moins de deux pouces, qu’il avait portée d’abord dans la doublure de son pourpoint, puis transférée dans cette cachette après que l’écritoire qu’on lui avait rendue eut été dûment visitée par ses juges. Chaque jour, à vingt reprises, il s’était assuré la présence de cet objet qu’il n’eût jadis daigné ramasser dans le ruisseau. Dès son appréhension dans l’officine de Saint-Cosme, puis par deux fois, après la mort de Pierre de Hamaere, et lorsque Catherine avait ramené sur le tapis la question des poisons, on l’avait fouillé à la recherche de fioles ou de dragées suspectes, et il se félicitait d’avoir par prudence renoncé à s’encombrer de ces denrées inestimables, mais détériorables ou fragiles, presque impossible à conserver sur soi ou à dissimuler longtemps dans une cellule nue, et qui eussent immanquablement dénoncé son projet de mourir. Il y perdait le privilège d’une de ces fins foudroyantes qui sont les seules miséricordieuses, mais ce bout de rasoir soigneusement effilé lui éviterait au moins d’avoir à déchirer son linge pour former des nœuds parfois inefficaces ou de s’évertuer peut-être sans profit avec un tesson de poterie brisée.
Le passage de la peur avait bouleversé ses entrailles. Il alla au baquet placé dans un coin de la chambre et se vida. L’odeur des matières cuites et rejetées par la digestion humaine emplit un instant ses narines, lui rappelant une fois de plus les connexions intimes entre la pourriture et la vie. Ses aiguillettes furent rajustées d’une main sûre. Le broc sur la planchette était plein d’eau glacée ; il s’humecta le visage, retenant sur sa langue une gouttelette. Aqua permanens : pour lui, ce serait l’eau pour la dernière fois. Quatre pas le ramenèrent au lit sur lequel il avait dormi ou veillé soixante nuits : parmi les pensées qui traversaient son esprit était celle que la spirale des voyages l’avait ramené à Bruges, que Bruges s’était restreinte à l’aire d’une prison, et que la courbe s’achevait sur cet étroit rectangle. Un murmure sortit derrière lui des ruines d’un passé plus dédaigné et plus aboli que les autres, la voix rauque et douce de Fray Juan parlant latin avec un accent castillan dans un cloître envahi par l’ombre : Eamus ad dormiendum, cor meum. Mais il ne s’agissait pas de dormir. Jamais il ne s’était senti de corps et d’âme plus alerte : l’économie et la rapidité de ses gestes étaient celles de ses grands moments de chirurgien. Il déplia la grossière couverture de laine, épaisse comme du feutre, et en forma à terre, le long du lit, une sorte d’auge qui retiendrait et imbiberait au moins en partie le liquide versé. Pour plus de sûreté, il ramassa sa chemise de la veille et la tordit en guise de bourrelet devant la porte. Il fallait éviter qu’une coulée sur le sol légèrement en pente n’atteignît trop vite le corridor, et qu’Hermann Mohr levant par hasard la tête de dessus son établi ne remarquât sur le carreau une tache noire. Sans bruit, il enleva ensuite ses chaussures. Tant de précaution n’était pas nécessaire, mais le silence semblait une sauvegarde.
Il s’étendit sur le lit, calant sa tête sur le dur oreiller. Il eut un retour vers le chanoine Campanus que cette fin remplirait d’horreur, et qui pourtant avait été le premier à lui faire lire les Anciens dont les héros périssaient de la sorte, mais cette ironie crépita à la surface de son esprit sans le distraire de son seul but. Rapidement, avec cette dextérité de chirurgien-barbier dont il s’était toujours fait gloire parmi les qualités les plus prisées et plus incertaines du médecin, il se plia en deux, relevant légèrement les genoux, et coupa la veine tibiale sur la face externe du pied gauche, à l’un des endroits habituels de la saignée. Puis très vite, redressé, et prenant appui sur l’oreiller, se hâtant pour prévenir la syncope toujours possible, il chercha et taillada à son poignet l’artère radiale. La brève et superficielle douleur causée par la peau tranchée fut à peine perçue. Les fontaines jaillirent ; le liquide s’élança comme il le fait toujours, anxieux, eût-on dit, d’échapper aux labyrinthes obscurs où il circule enfermé. Zénon laissa pendre le bras gauche pour favoriser la coulée. La victoire n’était pas encore complète : il pouvait se faire qu’on entrât par hasard, et qu’on le traînât demain sanglant et bandagé au bûcher. Mais chaque minute qui passait était un triomphe. Il jeta un coup d’œil sur la couverture déjà noire de sang. Il comprenait maintenant qu’une notion grossière fît de ce liquide l’âme elle-même, puisque l’âme et le sang s’échappaient ensemble. Ces antiques erreurs contenaient une vérité simple. Il songea, avec l’équivalent d’un sourire, que l’occasion était belle pour compléter ses vieilles expériences sur la systole et la diastole du cœur. Mais les connaissances acquises ne comptaient désormais pas plus que le souvenir des événements ou des créatures rencontrées ; il se rattachait pour quelques moments encore au mince fil de la personne, mais la personne délestée ne se distinguait plus de l’être. Il se redressa avec effort, non parce qu’il lui importait de le faire, mais pour se prouver que ce mouvement était encore possible. Il lui était souvent arrivé de rouvrir une porte, simplement pour attester qu’il ne l’avait pas derrière lui fermée à jamais, de se retourner vers un passant quitté pour nier la finalité d’un départ, se démontrant ainsi à soi-même sa courte liberté d’homme. Cette fois, l’irréversible était accompli.
Son cœur battait à grand coups ; une activité violente et désordonnée régnait dans son corps comme dans un pays en déroute, mais où tous les combattants n’ont pas encore mis bas les armes ; une sorte d’attendrissement le prenait pour ce corps qui l’avait bien servi, qui aurait pu vivre, à tout prendre, une vingtaine d’années de plus, et qu’il détruisait ainsi sans pouvoir lui expliquer qu’il lui épargnait de la sorte de pires et plus indignes maux. Il avait soif, mais aucun moyen d’étancher cette soif. De même que les quelques trois quarts d’heure qui s’étaient écoulés depuis son retour dans cette chambre avaient été bondés d’une infinité de presque inanalysable de pensées, de sensations, de gestes se succédant à une vitesse d’éclair, l’espace de quelques coudées qui séparait le lit de la table s’était dilaté à l’égal de celui qui s’approportionne entre les sphères : le gobelet d’étain flottait comme au fond d’un autre monde. Mais cette soif cesserait bientôt. Il avait la mort d’un de ces blessés réclamant à boire à l’orée d’un champ de bataille, et qu’il englobait avec soi dans la même froide pitié. Le sang de la veine tibiale ne coulait plus que par saccades ; péniblement, comme on soulève un poids énorme, il parvint à déplacer son pied pour le laisser pendre hors du lit. Sa main droite continuant à serrer la lame s’était légèrement coupée à son tranchant, mais il ne sentait pas la coupure. Ses doigts s’agitaient sur sa poitrine, cherchant vaguement à déboutonner le col de son pourpoint ; il s’efforça en vain de réprimer cette agitation inutile, mais ces crispations et cette angoisse étaient bon signe. Un frisson glacial le traversa comme au début d’une nausée : c’était bien ainsi. A travers les bruits de cloche, de tonnerre et de criards oiseaux regagnant leurs nids qui frappaient du dedans ses oreilles, il entendit au-dehors le son précis d’un égouttement : la couverture saturée ne retenait plus le sang qui s’écoulait sur le carreau. Il essaya de calculer le temps qu’il faudrait pour que la flaque rouge s’allongeât de l’autre côté du seuil, par-delà la frêle barrière de linge. Mais peu importait : il était sauvé. Même si par malchance Hermann Mohr ouvrait bientôt cette porte aux verrous lents à tirer, l’étonnement, la peur, la course le long des escaliers à la recherche de secours laisseraient à l’évasion le temps de s’accomplir. On ne brûlerait demain qu’un cadavre.
L’immense rumeur de la vie en fuite continuait : une fontaine à Eyoub, le ruissellement d’une source sortant de terre à Vaucluse en Languedoc, un torrent entre Ostersund et Frösö se pensèrent en lui sans qu’il eût besoin de se rappeler leurs noms. Puis, parmi tout ce bruit, il perçut un râle. Il respirait par grandes et bruyantes aspirations superficielles qui n’emplissaient plus sa poitrine ; quelqu’un qui n’était plus tout à fait lui, mais semblait placé un peu en retrait sur sa gauche, considérait avec indifférence ces convulsions d’agonie. Ainsi respire un coureur épuisé qui atteint au but. La nuit était tombée, sans qu’il pût savoir si c’étaient en lui ou dans la chambre : tout était nuit. La nuit aussi bougeait : les ténèbres s’écartaient pour faire place à d’autres, abîme sur abîme, épaisseur sombre sur épaisseur sombre. Mais ce noir différent de celui qu’on voit par les yeux frémissait de couleurs issues pour ainsi dire de ce qui était leur absence : le noir tournait au vert livide, puis au blanc pur ; le blanc pâle se transmuait en or rouge sans que cessât pourtant l’originelle noirceur, tout comme les feux des astres et l’aurore boréale tressaillent dans ce qui est quand même la nuit noire. Un instant qui lui sembla éternel, un globe écarlate palpita en lui ou en dehors de lui, saigna sur la mer. Comme le soleil d’été dans les régions polaires, la sphère éclatante parut hésiter, prête à descendre d’un degré vers le nadir, puis, d’un sursaut imperceptible, remonta vers le zénith, se résorba enfin dans un jour aveuglant qui était en même temps la nuit.
Il ne voyait plus, mais les bruits extérieurs l’atteignaient encore. Comme naguère à Saint-Cosme, des pas précipités résonnèrent le long du couloir : c’était le porte-clef qui venait de remarquer sur le sol une flaque noirâtre. Un moment plus tôt, une terreur eût saisi l’agonisant à l’idée d’être repris et forcé à vivre et à mourir quelques heures de plus. Mais toute angoisse avait cessé : il était libre ; cet homme qui venait à lui ne pouvait être qu’un ami. Il fit ou crut faire un effort pour se lever, sans bien savoir s’il était secouru ou si au contraire il portait secours. Le grincement des clefs tournées et des verrous repoussés ne fut plus pour lui qu’un bruit suraigu de porte qui s’ouvre. Et c’est aussi loin qu’on peut aller dans la fin de Zénon.
Marguerite Yourcenar, L’Oeuvre au Noir, 1968.
juin 10, 2008
YSL, don’t be so french anymore!
YSL died. A great loss for the ARTS.
If you ever google: ‘YSL quotes’, you just love what you can read. Lost of quotes and words from YSL IN ENGLISH. Now, french-google: ‘YSL citations’, you feel that YSL belongs more to the world than to France and that the French just love their talented and gifted ones after they die; only a few quotes in french … Why? … Please, explain me why!
NOooooo ! I can’t leave you this way without quoting YSL at least once: “La mode est une maladie incurable“
juin 4, 2008
Le livre de la pauvreté et de la Mort
Je suis peut-être enfoui au sein des montagnes
solitaire comme une veine de métal pur ;
je suis perdu dans un abîme illimité,
dans une nuit profonde et sans horizon.
Tout vient à moi, m’enserre et se fait pierre.
Je ne sais pas encore souffrir comme il faudrait,
et cette grande nuit me fait peur ;
mais si c’est là ta nuit, qu’elle me soit pesante, qu’elle m’écrase,
que toute ta main soit sur moi,
et que je me perde en toi dans un cri.
Toi, mont, seul immuable dans le chaos des montagnes,
pente sans refuge, sommet sans nom,
neige éternelle qui fait pâlir les étoiles,
toi qui portes à tes flancs de grandes vallées
où l’âme de la terre s’exhale en odeurs de fleurs.
Me suis-je enfin perdu en toi,
uni au basalte comme un métal inconnu?
Plein de vénération, je me confonds à ta roche,
et partout je me heurte à ta dureté.
Ou bien est-ce l’angoisse qui m’étreint,
l’angoisse profonde des trop grandes villes,
où tu m’as enfoncé jusqu’au cou?
Ah, si seulement un homme pouvait dire
toute leur insanité et toute leur horreur,
aussitôt tu te lèverais, première tempête de monde,
et les chasserais devant toi comme de la poussière…
Mais si tu veux que ce soit moi qui parle,
je ne le pourrai pas, car je ne comprends rien;
et ma bouche, comme une blessure, ne demande qu’à se fermer,
et mes mains sont collées à mes côtés comme des chiens
qui restent sourds à tout appel.
Et pourtant, une fois, tu me feras parler.
Que je sois le veilleur de tous tes horizons
Permets à mon regard plus hardi et plus vaste
d’embrasser soudain l’étendue des mers.
Fais que je suive la marche des fleuves
afin qu’au delà des rumeurs de leurs rives
j’entende monter la voix silencieuse de la nuit.
Conduis-moi dans tes plaines battues de tous les vents
où d’âpres monastères ensevelissent entre leurs murs,
comme dans un linceul, des vies qui n’ont pas vécu
Car les grandes villes, Seigneur, sont maudites;
la panique des incendies couve dans leur sein
et elles n’ont pas de pardon à attendre
et leur temps leur est compté.
Là, des hommes insatisfaits peinent à vivre
et meurent sans savoir pourquoi ils ont souffert;
et aucun d’eux n’a vu la pauvre grimace
qui s’est substituée au fond des nuits sans nom
au sourire heureux d’un peuple plein de foi.
Ils vont au hasard, avilis par l’effort
de servir sans ardeur des choses dénuées de sens,
et leurs vêtements s’usent peu à peu,
et leurs belles mains vieillissent trop tôt.
La foule les bouscule et passe indifférente,
bien qu’ils soient hésitants et faibles,
seuls les chiens craintifs qui n’ont pas de gîte
les suivent un moment en silence.
Ils sont livrés à une multitude de bourreaux
et le coup de chaque heure leur fait mal;
ils rôdent, solitaires, autour des hopitaux
en attendant leur admission avec angoisse.
La mort est là. Non celle dont la voix
les a miraculeusement touchés dans leurs enfances,
mais la petite mort comme on la comprend là;
tandis que leur propre fin pend en eux comme un fruit
aigre, vert, et qui ne mûrit pas.
O mon Dieu, donne à chacun sa propre mort,
donne à chacun la mort née de sa propre vie
où il connut l’amour et la misère.
Car nous ne sommes que l’écorce, que la feuille,
mais le fruit qui est au centre de tout
c’est la grande mort que chacun porte en soi.
C’est pour elle que les jeunes filles s’épanouissent,
et que les enfants rêvent d’être des hommes
et que les adolescents font des femmes leurs confidentes
d’une angoisse que personne d’autres n’accueille.
C’est pour elle que toutes les choses subsistent éternellement
même si le temps a effacé le souvenir,
et quiconque dans sa vie s’efforce de créer,
enclôt ce fruit d’un univers qui tour à tour le gèle et le réchauffe.
Dans ce fruit peut entrer toute la chaleur
des coeurs et l’éclat blanc des pensées;
mais des anges sont venus comme une nuée d’oiseaux
et tous les fruits étaient encore verts.
Seigneur, nous sommes plus pauvres que les pauvres bêtes
qui, même aveugles, achèvent leur propre mort.
Oh, donne nous la force et la science
de lier notre vie en espalier
et le printemps autour d’elle commencera de bonne heure.
Car ce qui fait la mort étrange et difficile,
C’est qu’elle n’est pas la fin qui nous est due,
Mais l’autre, celle qui nous prend
Avant que notre propre mort soit mûre en nous.
Nous nous tenons dans ton jardin au long des annles
comme les arbres qui auraient dû porter la douce mort;
mais nous vieillissons au temps de la récolte,
et comme les femmes que tu as frappées
nous sommes fermés, mauvais et stériles.
Ou bien serais-je égaré par l’orgueil?
Les arbres vaudraient-ils mieux que nous?
Serions-nous seulement
comme des femmes qui se sont trop données?
Nous nous sommes prostituées à l’éternité,
et nous enfantons sur un lit de souffrance
le faux fruit de notre mort.Et le foetus recroquevillé et pitoyable
couvre ses paupières de ses mains comme si une chose affreuse le menaçait,
et déjà sur son front saillant se lit la marque
de l’angoisse de tout ce qu’il n’a pas souffert.
Et tous nous finissons comme des filles au ventre déchiré
qui meurent en enfantant.
Fais, Seigneur, qu’un homme soit saint et grand
et donne-lui une nuit profonde, infinie,
où il ira plus loin qu’on ait jamais été ;
Donne-lui une nuit où tout s’épanouisse,
et que cette nuit soit odorante comme des glycines,
et légère comme le souffle des vents,
et joyeuse comme Josaphat.
Fais qu’il parvienne enfin à maturité,
qu’il soit si vaste que l’univers suffise à peine à le vêtir;
Et permets-lui d’être aussi seul qu’une étoile
pour qu’aucun regard ne vienne le surprendre
à l’heure où son visage change, bouleversé.
Fais que le temps de son enfance ressuscite dans son cœur;
ouvre-lui de nouveau le monde des merveilles
de ses premières années pleines de pressentiments.
Fais qu’il lui soit permis de veiller jusqu’à l’heure
où il enfantera sa propre mort,
pleins d’échos, comme un grand jardin
ou comme un voyageur qui revient de très loin…
Tiens-nous éveillés, une fois au moins;
révèle ce qui gît au fond de nous.
Ne nous force plus à enfanter dans la souffrance ;
donne à notre enfantement un sens plus lourd.
Toi qui peux tout, plutôt que d’exaucer le rêve de la femme
qui croit porter Dieu dans son sein,
fais-nous connaître enfin l’homme dans sa vérité,
l’homme qui porte en lui sa propre mort,
montre-nous le chemin qui mène à lui
et délivre-nous des mains acharnées à sa perte.
Les grandes villes n’ont rien de vrai; elles faussent le jour et la nuit,
et l’espoir de l’enfant, la vie même des bêtes.
Et leur silence ment et leurs bruits sont trompeurs.
Rien ne les relie plus au vaste mouvement qui gravite éternellement
autour du centre que tu es.
Et les vents écartelés aux détours des ruelles dispersent leur grande clameur en mille chuchotements de haine.
Heureux les vents qui fuient vers les jardins…
Car les jardins ont été faits pour des rois qui s’y étaient distraits quelques temps
avec des jeunes femmes entrelaçant des fleurs au son prestigieux de leur rire.
Elles étaient l’éveil de ces parcs fatigués.
Elles allaient en chuchotant comme le vent dans les buissons ;
Et le froissement de soir de leurs robes matinales faisait sur le gravier un bruit de ruisseau.
Les jardins à présent pleurent leur souvenir.
Ils se vêtent de teintes claires quand s’en viennent d’autres printemps,
et brûlent lentement aux flammes de l’automne
à travers leurs branches entrelacées
comme les arabesques forgées au fer des grilles.
Et tout au fond des jardins apparaît un palais enseveli dans la vision intérieure
de ses salles peuplées de lourds portraits d’ancêtres.
Indifférent à tout, ne se souvenant plus des fêtes d’autrefois,
il reste, silencieux et patient comme un hôte.
Hélas, après j’ai vu les palais de ce temps.
Ils paradaient comme des paons au fier plumage
mais à la voix criarde, horrible.
Beaucoup d’hommes sont riches et leur orgueil est grand.
Mais les riches ne sont pas riches…
Ils ne sont pas comme les pasteurs de ces peuples nomades
qui passaient par les plaines vertes et claires,
suivis de la masse confuse de leurs troupeaux
comme les nuages passent dans le ciel du matin
Et quand ils dressaient la tente pour le campement du soir,
alors se levait l’âme errante des plaines,
et les chameaux se profilaient au loin comme des chaînes de montagnes.
Ils ne sont pas comme les cheiks des tribus du désert
qui reposaient la nuit sur des tapis fanés
mais enchâssaient des rubis étincelants
dans les peignes d’argent de leurs juments favorites.
Ils ne sont pas comme ces princes aux moeurs altières
pour qui l’or était fade et sans attrait
et qui passaient chaque jour de leur vie dans l’ivresse de l’ambre et du santal.
Ils ne sont pas comme ces armateurs des vieux ports de commerce
qui s’entouraient d’œuvres d’un art superbe,
et parvenaient au prix de l’entêtement de toute une vie
à faire deleurs ports une œuvre plus belle encore.
Ils ne sont pas semblables à ces anciens magnats qui,
enveloppés dans le manteau d’or de leur ville comme la feuille dans le bourgeon, sommeillant aux battements de leurs tempes blanches.
C’étaient là des riches pour qui la vie durait sans limites,
humaine et lourde de sens.
Mais le temps des riches est passé,
et nul n’appelera plus jamais leur retour.
Fais seulement que les pauvres restent pauvres.
Pauvres, ils ne le sont pas ;
ils ne sont que privés de biens essentiels
Et livrés au hasard, sans force et sans volonté,
Ils sont marqués du sceau d’une angoisse sans nom
Et dépouillés de tout, même du sens de la pauvreté.
La poussière des villes se lève pour souiller leurs visages
et toutes les immondices s’attachent à eux.
Ils vont échouer à la dérive comme des épaves;
ils font peur comme des pestiférés
mais si le monde sentait le poids de la souffrance
il porterait les pauvres comme une couronne de roses à son front.
Car les pauvres ont la pureté de la pierre
et l’innocence de la bête aveugle qui vient de naître;
et dans leur simplicité pleine de toi, ils ne demandent
qu’à rester pauvres comme ils le sont en vérité..
Car la pauvreté est comme une grande lumière au fond du coeur…
Tu es le pauvre, le dénué de tout,
tu es la pierre qui roule sans trouver le repos,
tu es le lépreux hideux dont on se détourne
et qui rôde autour des villes avec son grelot.
Pas plus que le vent tu n’as de lieu
et ta beauté cache mal que tu es nu
et même le vêtement qu’un orphelin met en semaine est plus somptueux
car au moins il lui appartient…
Tu es pauvre comme le besoin de naître d’un enfant
dans une fille honteuse d’être mère
et qui risque son ventre au risque d’étouffer
l’autre vie qu’elle porte et qui tressaille en elle.
Tu es pauvre comme une pluie printanière
qui descend doucement sur les toits d’une ville
et comme le seul voeu chéri d’un prisonnier
au fond de sa cellule à jamais hors du monde.
Tu es pauvre comme les malades qui dans la nuit
se retournent sans cesse et sont prseque heureux
et comme els fleurs entre les rails
si tristes dans le vent confus des voyages
et comme la main qui monte aux yeux pour cacher des larmes trop tristes…
Et que sont devant toi, tous les oiseaux qui tremblent?
Qu’est-ce devant toi, qu’un chien affamé ?
Qu’est pour toi la longue et silencieuse tristesse des bêtes ?
abandonnées de tous dans la captivité ?
Et devant toi et ta misère
que sont devant toi les pauvres des asiles de nuit ?
Ils ne sont que d’humbles cailloux,
et pourtant comme la pierre de meule d’un moulin,
ils donnent un peu de pain..
Mais toi tu es vraiment le pauvre, le dénué de tout,
tu es le mendiant qui se cache la face;
tu es la grande lumière de la pauvreté
auprès de qui l’or semble terne.
Tu es en exil, tu n’as pas de patrie,
aucune place ici-bas n’est la tienne.
Ta taille nous écrase , tu es trop grand pour nous.
Tu hurles dans le vent,
tu es comme une harpe que briserait
toute main qui touche ses cordes.
Toi qui sais tout, toi dont la science infinie naît de la surabondance de la pauvreté,
fais que les pauvres ne soient pas toujours écrasés,
libère-les du lourd mépris attaché à leurs pas.
La vie des autres hommes erre et flotte en tous sens ; eux seuls prennent racine au sol comme des arbres.
Regarde-les bien : qui peut les égaler ?
Leur marche les conduit où les pousse le vent,
ils reposent comme s’ils étaient tenus dans une main ;
et dans leurs yeux se reflète l’ombre sainte des prairies
où tombe une brève pluie d’été.
Les pauvres sont aussi silencieux que les choses,
et quand au hasard des chemins un foyer les accueille, ils y prennent place humblement comme des visages familiers
et se confondent aux ombres vagues du décor, et s’effacent dans l’oubli comme des outils abandonnés.
Ils sont pareils à ceux qui gardent des biens qu’ils n’ont jamais vus de leurs yeux ;
ils errent, radeaux perdus sur des gouffres,
et comme des draps de toile étalés dans les prés ils gisent sans défense, exposés à tout vent.
Ils souffrent de cette seule et grande souffrance
dont l’homme n’a su faire que de mesquins soucis ;
et ils acceptent leur existence avec beaucoup d’amour, qu’elle ait la douceur de l’herbe ou la dureté de la pierre.
Et ils vont dans l’espace qu’embrasse ton regard comme vont les mains sur les cordes de la harpe.
Sauve les seulement du péché des grandes villes, où la haine et la confusion pèse sur eux.
Les grandes villes ne pensent qu’à elles-mêmes
et entraînent tout dans leur hâte dévorante;
elles brisent la vie des bêtes comme du bois
mort et consument des peuples entiers dans leur tourment.
Et les hommes asservis à une fausse science
s’égarent, ayant perdu le rythme de la vie
Et parce qu’ils vont plus vite vers des bruits aussi vains
ils appellent progrès leur traînée de limace.
Et ils font parade de leur impudeur comme des filles
et s’étourdissent au bruit du métal et du verre.
Ils vont sans cesse obsédés d’un mirage
qui les pousse hors d’eux-mêmes
L’or règne en tyran et use toutes leurs forces…
Et ce n’est que sous le fouet de l’alcool et des autres poisons
qu’ils persistent dans leur agitation stérile.
Et les pauvres souffrent asservis sous ce joug
Et tout ce qu’ils voient les accable.
Ils sentent sur leur peau le frisson de la fièvre
Et rôdent dans la nuit comme des âmes en peine.
Ils sont rejetés avec tous les déchets de la ville
Et engendrent le dégoût comme la charogne étalée au soleil.
Au hasard des rues tout les insulte et les rebute,
Le fard cynique des filles et le fracas éblouissant des voitures.
Mais s’il est encore une voix pour prendre leur défense,
fais qu’elle sonne haut, mon Dieu, et qu’on l’entende.
Où donc est celui qui sut tirer sa force d’une grande pauvreté au-delà du temps et de toute possession,
celui qui osa se dévêtir sur la place publique et marcher nu au mépris de l’évêque ?
Où est-il le plus aimant des hommes, le frère aux pieds nus des bêtes et des champs
qui savait voir l’éternité dans chaque chose ?
Il allait par les prés en parlant aux fleurs comme on parle à des frères.
Il venait de la lumière et allait vers une lumière plus grande
et sa cellule était pleine d’allégresse.
Où s’en est-il allé, l’être de lumière, le rayonnant d’amour ?
Et pourquoi les pauvres, qui n’ont que leur espoir pour les guider,
ne voient-ils plus au loin son fanal dans la nuit ?
Que ne se lève-t-il dans leur crépuscule, lui, l’étoile du soir de la grande pauvreté
Rainer Maria Rilke, Le livre de la pauvreté et de la mort, 1902
juin 3, 2008
Erbarme dich, mein Gott
Erbarme dich,
Mein Gott, um meiner Zähren willen!
Schaue hier,
Herz und Auge weint vor dir
Bitterlich.
Johann Sebastian Bach BWV 244
His Eye is on the Sparrow
Verse 1
Why should I feel discouraged, why should the shadows come,
Why should my heart be lonely, and long for heaven and home,
When Jesus is my portion? My constant friend is He:
His eye is on the sparrow, and I know He watches me;
His eye is on the sparrow, and I know He watches me.
Refrain
I sing because I’m happy,
I sing because I’m free,
For His eye is on the sparrow,
And I know He watches me.
Verse 2
“Let not your heart be troubled,” His tender word I hear,
And resting on His goodness, I lose my doubts and fears;
Though by the path He leadeth, but one step I may see;
His eye is on the sparrow, and I know He watches me;
His eye is on the sparrow, and I know He watches me.
Verse 3
Whenever I am tempted, whenever clouds arise,
When songs give place to sighing, when hope within me dies,
I draw the closer to Him, from care He sets me free;
His eye is on the sparrow, and I know He watches me;
His eye is on the sparrow, and I know He watches me.
alternative Verse 1
Why should I feel discouraged, why should the shadows fall
Why should my heart be troubled, When all but hope is gone?
when Jesus is my fortress. My constant friend is He.
His eye is on the Sparrow, and I know He watches me.
His eye is on the Sparrow, and I know He watches me!
Some good versions:
Poème de Rabi’a al Adawiya
O mon dieu, tout ce que tu m’as réservé en fait de choses terrestres,
donne-les à tes ennemis
et tout ce que tu m’as reservé dans le monde à venir donne le à tes amis
car tu me suffis.
O mon dieu, si je t’adore par crainte de l’enfer, brule moi en enfer,
et si je t’adore par espoir du paradis, exclue moi du paradis
mais si je t’adore uniquement pour toi même,
ne me prive pas de ta beauté éternelle.
O mon dieu, ma seule occupation et tout mon désir en ce monde,
de toutes les choses crées,
c’est de me souvenir de toi,
et dans le monde a venir, de toutes les choses du monde à venir, c’est
de te rencontrer.
Il en est pour moi ainsi que je l’ai dit
mais toi, fais tout ce que tu veux.
Rabia al-Adawiya (717-801 apr. J.C.)
Ode d’Ibn Arabi
Auparavant, je méconnaissais mon compagnon
Si sa religion de la mienne n’était proche.
A présent, mon coeur est capable de toute image :
Il est prairie pour les gazelles, cloître pour les moines,
Temple pour les idoles, Kaaba pour les pèlerins,
Tables de la Thora et livre saint du Coran.
L’Amour seul est ma religion,
Partout où se dirigent ses montures
L’Amour est ma religion et ma foi.
Pour écouter cette ode, acheter le disque d’Amina Alaoui, Alcantara
ou l’écouter en ligne :
http://www.dailymotion.com/video/xl4sy_ode-dibn-arabi_music
à propos d’Ibn Arabi



